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Les Éditions L'Élan ont été créées à Nantes par Denis BALLU.

Spécialisées dans la littérature et le cinéma nordiques (Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède), leur catalogue comprend aujourd'hui 78 titres (romans, théâtre, essais...)

Mardi 17 novembre 2009

Olle Schmidt


Krönika från Gåsviken

 



"Vare sig de kommer härifrån eller från ett annat ställe

gillar jag människor som hör hemma någonstans

och som i sitt hjärta bär på en by eller en stad

där de skulle kunna hitta vägen hem i mörkret."

 

 

Varför började Jacques Debronckarts sång Adélaïde gå runt i huvudet på mig när jag läste En krönika från Gåsviken ? Förmodligen därför att boken ger oss några porträtt av människor med djupa rötter i en jord som de känner utan och innan. Förmodligen också därför att andra personer, även om de inte företagit en resa till Australien på samma sätt som i visan, slagit sig till ro i ett landskap och en miljö som är dem främmande. Olle Schmidts framgång ligger i att han samtidigt kan levandegöra unika individer och måla odödliga människotyper. Det som kan likna en nyhetsnotis i en tidning omformuleras med ordens magi och återförenas till en allmängiltig verklighet, där man lägger märke till att folks tankar och göromål i denna landsända av Sverige – inklämd mellan fjällen vid norska gränsen och kustvägen norrut – är desamma som våra. En vacker hyllning till det dagliga livet för de människor som ofta inte har någonting att säga till om i ett Jämtland långt borta från den brokiga och falska folklore som lockar turisterna upp till Lappland.




 

Olle Schmidt är född i Ånge 1947. Hans far var järnvägstjänsteman. Efter studier i franska, ryska och svenska 1966-71 vid Stockholms Universitet flyttade han med sin hustru Kristina till Jämtland för att ta Voltaire på orden och pröva på jordbrukaryrket. Skogsarbete på vintern och potatisodling på somrarna. Efter ett tiotal år tvingades han av ekonomiska skäl att återgå till det läraryrke han utbildat sig för. I tjugo år arbetade han vid en gymnasieskola i Östersund, en anställning han tvingades överge på grund av sin epilepsi. Fritiden ägnar han numera åt trädgårdsskötsel och familjen.

 

Skrivandet av en Krönika från Gåsviken började som veckobrev till barnen som flyttat ut ur landet. Hans svärson, Alain Bourges, såg likheterna mellan människorna i den norrländska glesbygden och på den franska landsbygden och tyckte att innehållet skulle kunna intressera även franska läsare. Tack vare förlaget L’Élan som har skandinavisk litteratur som specialitet, kunde han översätta boken till franska och 2004 utkom Chroniques de Gåsviken.

 

I sin översikt över svensk litteratur (Voyages dans les lettres suédoises, L’Élan, 2007) skriver Thierry Maricourt att boken med värme och sarkastisk humor skildrar olika människoöden och känslan av övergivenhet i en avfolkningsbygd.

 

 

Krönika från Gåsviken, L'Élan, 2009, 95 p., 9 €/96 SEK

ISBN 978-2-909027-80-7  - EAN 9782909027807

 

 

 

 Olle Schmidt

Chroniques de Gåsviken
 
 "Qu’ils soient d’ici ou de n’importe quel parage
Moi j’aime bien les gens qui sont de quelque part
Et portent dans leur cœur une ville ou un village
Où ils pourraient trouver leur chemin dans le noir." 


Pourquoi la chanson Adélaide de Jacques Debronckart s’est-elle mise à me trotter dans la tête en lisant les Chroniques de Gåsviken ? Sans doute parce que le livre nous propose quelques portraits d’individus très fortement ancrés dans un terroir qu’ils connaissent parfaitement. Sans doute, également, parce que d’autres protagonistes, s’ils n’ont pas accompli le voyage en Australie comme ceux de la chanson, se sont retrouvés transplantés dans un paysage et un milieu qui ne leur sont pas familiers. La réussite d’Olle Schmidt (né en 1947) réside dans le fait qu’il a su tout à la fois donner vie à des personnages très individualisés et peindre des types éternels. Ainsi ce qui peut tenir du fait divers journalistique, transformé par la magie de l’écriture, rejoint une réalité universelle où l’on s’aperçoit que les préoccupations des gens de ce petit coin de Suède – coincé entre les montagnes de la frontière norvégienne et la route côtière qui remonte vers le nord – sont aussi les nôtres. Un bel hommage à la vie quotidienne de ceux qui n’ont pas souvent droit de cité dans un Jämtland bien éloigné du folklore tapageur et factice qui attire les touristes vers la Laponie.

Chroniques de Gåsviken, traduit du suédois par Alain Bourges, L'Élan, 2004, 96 p., 12 €, ISBN 2-909027-58-9

 

 

Olle Schmidt est né à Ånge en 1947. Son père était cheminot. Après des études de francais, de russe et de suédois entre 1966 et 1971 à l’Université de Stockholm, il a déménagé en Jämtland pour prendre Voltaire au pied de la lettre et essayer le métier d’agriculteur. Travail dans la forêt en hiver et culture de pommes de terre en été. Après une dizaine d’années, pressé par des raisons économiques, il a dû reprendre le métier d’enseignant pour lequel il s’était préparé. Pendant vingt ans, il a enseigné à un lycée d’Östersund.

 

L’écriture des Chroniques de Gåsviken a commencé comme des lettres hebdomadaires à ses enfants qui s’étaient installés à l’étranger. Son gendre, Alain Bourges, a vu les similarités entre les gens en voie de disparaître dans le nord de la Suède et à la campagne francaise et il a pensé que le contenu aurait un intérêt aussi pour lecteurs en France. Grâce aux éditions L’Élan qui se spécialise en littérature scandinave, il pourrait traduire le livre et en 2004 parut les Chroniques de Gåsviken.

Dans sa présentation de la littérature suédoise (Voyages dans les lettres suédoises, L’Élan, 2007) Thierry Maricourt écrit que le livre présente de différents destins humains avec chaleur et de l’humour sarcastique ainsi que le sentiment d’abandon dans un pays en voie de dépeuplement.

 


L'avis de l'éditeur : 

 

Il n’y a pas vraiment de trame dramatique dans ces Chroniques qui se présentent plutôt comme des instantanés qui troublent un peu "le cours paisible de l’existence" de ces habitants du Jämtland qui, à l’image de Gustav, sont "du genre économe, en actes comme en paroles". Le silence est souvent le seul compagnon qui ne leur fasse jamais défaut et participe de la vie sociale. Voyez les étranges liens liés entre Elsa et son locataire : "Ils ne se parlaient pas vraiment mais pouvaient passer une bonne demi-heure ensemble, dans un silence entrecoupé de monosyllabes." La visite de l’antiquaire chez Gustav et Alma est également très représentative de ce genre d’échanges où le non-dit est beaucoup plus important que les quelques paroles échangées. Si le livre nous présente un certain nombre d’habitants, disons historiques, de Gåsviken, il nous montre également une société en train de changer. Dans un univers un peu fermé, un peu clos, viennent se greffer diverses verrues. L’antiquaire en est une, avec, entre autre, son désir d’ouvrir la région au tourisme ; la famille Lundkvist, qui vit un peu en marge – tant géographiquement que socialement – du village en est une autre. On peut même dire que la mondialisation est là avec ces Russes venant cueillir les baies du coin, remplacés un peu plus tard par des Éthiopiens ! Cet épisode se termine d’ailleurs, de façon hilarante, par la fuite des Africains devant une armée de moustiques assoiffés. Le ton des Chroniques oscille toujours entre le rire et les larmes, et n’est-ce pas normal quand on parle de la vie et du destin des gens ? "La joie ça vient toujours après la peine", comme disait le poète, à moins que ce ne soit l’inverse ! Bref, après le destin tragique des deux filles des Lundkvist, toutes deux finissant, à trois ans d’intervalle, sous le train qui passe derrière leur maison, on a droit à une scène traitée comme un épisode de film d’action avec l’embouteillage provoqué par un élan, ou encore aux récits du marin norvégien relatifs à son existence dangereuse dans un Paris livré entièrement au vice et à la débauche. L’humour et la gravité se mêlent donc fort bien, et dans les personnages fortement campés et individualisés que nous peint Olle Schmidt, chacun retrouvera certainement des types plus universels car, finalement, la vie et les préoccupations de ces Jämtlandais sont aussi les nôtres.

*
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Zacharias Topelius 

Les superbes projets d’avenir du bouleau,
lors de ses premières feuilles et autres contes

 

 

Écrivain finlandais de langue suédoise, Zacharias Topelius (1818-1898) a consacré une importante partie de sa production aux enfants. Poèmes, contes, pièces de théâtre se retrouvent dans les huit volumes de Lectures pour les enfants (1863-1896) ou dans Notre pays (1875), alors le livre de lecture préféré des écoliers finlandais. Cette production lui a valu d’être appelé "l’Andersen de la Finlande et de la Suède".

 

Le présent recueil contient trois contes : Les superbes projets d’avenir du bouleau, lors de ses premières feuilles rappelle qu’il n’est jamais bon de se laisser abuser par les flatteurs, mais que tant qu’il y a de l’espoir… ; Dans Le don du roi de la mer, un couple de pêcheurs se retrouve sur un îlot solitaire entre des rêves issus de la mythologie finnoise et la réalité des tempêtes d’automne ; La coupe d’argent de la princesse Ondine Marina évoque le destin, un temps parallèle, de Lisalill, une jeune finlandaise en quête d’une source afin d’y puiser de l’eau pour son grand-père assoiffé, et de la fille du roi des flots, partie recueillir des coraux sur les côtes de l’Australie. L’auteur mélange ici habilement réalisme et fantastique, la trivialité de la vie quotidienne avec des éléments magiques et interventions extraordinaires, quand il ne donne pas la parole aux arbres !


Zacharias Topelius : Les superbes projets d’avenir du bouleau, lors de ses premières feuilles et autres contes (Pour les enfants, 3), trad. Antonie Gauthey, L’Élan, 2009, 48 p., 6 €.
ISBN 978-2-909027-81-4 - EAN 9782909027814

Par élan - Publié dans : Parutions 2009
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Mardi 6 octobre 2009

 

 Kristín Marja Baldursdóttir (Islandaise, née en 1949), Karsten Lund (Danois, né en 1954), Marie Hermanson (Suédoise, née en 1956) et Morten Ramsland (Danois, né en 1971) ont un point commun : tous ont été traduits en français pour la première fois ces deux dernières années. Quand on sait la difficulté qu’il y a à imposer une première traduction, là où les éditeurs préfèrent les noms connus et les séries aux personnages récurrents, il convient de remercier Gaïa, le Rocher-Serpent à plumes et Gallimard de nous proposer ces quatre, disons inconnus, même si l’œuvre choisie n’est pas leur premier essai en littérature.

 

Kristín Marja Baldursdóttir – Karitas, Sans titre

 

En 1915, son mari ayant péri en mer, Steinunn décide de quitter les fjords de l’ouest de l’Islande pour se rendre à Akureyri où ses enfants (trois filles : Halldóra, Bjarghildur et Karitas, et trois garçons : Ólafur, Páll et Pétur) pourront faire des études. Gagner de quoi nourrir une famille de sept personnes et financer les formations des aînées fait que tout le monde doit mettre la main à la pâte, sauf le jeune Pétur. Halldóra devient sage-femme et part exercer dans les fjords de l’est. Bjarghildur obtient un diplôme d’enseignement ménager. Elle épouse Hámundur Sveinsson et part s’établir dans la ferme de celui-ci dans le Skagafjördur. Les talents de dessinatrice de Karitas ont été remarqués par une bourgeoise du coin, Mme Eugenia, qui réussit à l’envoyer à l’Académie des Beaux-Arts de Copenhague, en 1918. Son diplôme en poche, elle rentre en Islande en 1923 et, voulant financer une exposition de ses œuvres, elle va participer à la campagne du hareng dans le Siglufjördur. Elle y rencontre le beau Sigmar et succombe à son charme. Ne voulant pas rester sous son emprise, elle se retrouve à l’automne chez Bjarghildur, où elle découvre qu’elle est enceinte. Sa sœur, qui n’a pas d’enfant, voudrait bien que Karitas lui confie le sien après sa naissance et reparte ensuite vivre son existence d’artiste. Hámundur ne pense pas la même chose, retrouve Sigmar et le ramène à la ferme, d’où il repart pour l’est du pays avec Karitas. Ils ont un fils, Jón, en 1924, un second l’année suivante qui ne survit guère, puis des jumeaux, Sumarliði et Halldóra. Sigmar est le plus souvent à la pêche et reste absent de longs mois sans revenir ni donner beaucoup de nouvelles. Karitas finit par être gagnée par la folie. Bjarghildur vient un jour lui rendre visite et lui rappelle sa promesse concernant ses enfants : " Si j’en ai deux, je t’en donnerai un. " Elle repart avec la fillette alors que Karitas est envoyé chez une parente d’une voisine. Nous sommes alors en 1926. Puis nous retrouvons Karitas et ses fils en 1939. Ils sont toujours dans la ferme d’Auður, dans l’Öræfi, au pied du Vatnajökull. C’est là que Sigmar va soudain réapparaître, fortune faite, et alors que personne ne l’attend plus.

Les livres qui traitent des destins d’artistes évitent rarement un certain nombre de poncifs sur lesquels ils s’étendent parfois lourdement, du genre créateur maudit peu fait pour vivre dans notre monde trivial. On peut déjà savoir gré à Kristín Marja Baldursdóttir d’avoir évité de tels pièges. La vie de tous les jours est au cœur de son livre et pèse de tout son poids sur le destin de tous les protagonistes de l’histoire. Et, pour Karitas, la pratique de son art ne pourra qu’être intiment liée au travail quotidien et aux diverses tâches ménagères qu’elle doit accomplir dans des conditions souvent extrêmes. Karitas, Sans titre, traite donc du destin d’un peintre et de l’évolution d’une famille, avec pour toile de fond un quart de siècle de vie islandaise. L’évocation de cette période, grosso modo celle entre les deux Guerres mondiales du siècle dernier, est très réussie et nous promène de l’est à l’ouest et du sud au nord du pays, dans des petites fermes comme dans de plus grandes propriétés, dans de grands ports comme dans des coins isolés de la côte. La peinture des personnages, même s’agissant de ceux qui n’apparaissent qu’épisodiquement, évite tout manichéisme et tout schématisme (sauf peut-être à la toute fin de l’ouvrage avec le retour de Sigmar) et la sympathie que leur porte l’auteur emporte l’adhésion du lecteur. Une belle réussite.

 

BALDURSDÓTTIR Kristín Marja – Karitas, Sans titre (Karítas, á titils, 2004), trad. Henrý Kiljan Albansson, Gaïa, 2008, 509 p., 24 €, Islande.



Marie Hermanson – La plage
 

 

En 1996, 24 ans après son dernier été dans le coin, Ulrika, assistante de recherche en ethnologie et plus précisément spécialiste des mythes relatifs aux enlèvements dans les montagnes, vient montrer à ses fils, Jonatan 9 ans et Max 6 ans, l’endroit de la côte du Bohuslän où, à leur âge, elle passait ses vacances. Peu intéressés par les souvenirs de leur mère, les garçons courent à droite et à gauche et, sur la plage aux coquillages, l’un d’eux découvre un passage souterrain permettant d’accéder au sommet d’un énorme rocher. Dans ce passage, il trouve un squelette. Ulrika prévient la police qui pense, assez rapidement, que ce dernier pourrait être celui de Kristina Lindäng, une jeune femme disparue en 1972. Enfant unique et solitaire, Ulrika a passé ses vacances d’été, à partir de 1961, avec ses parents à Tångervik. L’année suivante, elle a alors cinq ans, elle devient l’amie d’Anne-Marie Gattman, une fillette de son âge. Ulrika est fascinée par cette famille si différente de la sienne : les parents sont écrivain et journaliste, ils ont quatre enfants (Lis, Eva, Jens et Anne-Marie). Ulrika va ainsi retrouver Anne-Marie jusqu’en 1972, un été où, ses parents restant à Göteborg, elle va être hébergée dans la grande maison des Gattman. Ces derniers ont adopté, en 1969, une petite indienne de 16 mois, Maja, qui ne parle pas. À l’occasion de la Saint-Jean, la fillette accompagne les jeunes qui vont passer la nuit sur un îlot isolé, Kannholmen. Le lendemain, quand ils sont sur le point d’en repartir, ils s’aperçoivent que Maja a disparu. Les recherches entreprises pour la retrouver ne donnent rien. Elle ne réapparaît que le 4 août, debout sur un rocher inaccessible. Mais la période d’absence de la fillette a laissé des séquelles telles que la famille Gattman va se désagréger. Ayant laissé pour le week-end ses fils chez leur père, Ulrika revient jusqu’à la maison Gattman, retrouve la clef à l’endroit où on la cachait jadis, entre et s’endort dans la chambre d’Anne-Marie. Quand elle se réveille, elle entend du bruit, descend et surprend Sven, lui aussi de passage dans le coin.


Le roman de Marie Hermanson fait partie des petits chefs-d’œuvre qu’on découvre ici ou là au hasard de ses lectures. Le livre est étonnamment juste, subtil, sensible, bien construit. Il se présente sous la forme de deux récits qui progressent en parallèle, celui d’Ulrika et celui de Kristina. Cette dernière a une vingtaine d’années, fragile psychiquement, elle vit seule dans une cabane de pêcheur isolée et pratique beaucoup le kayak. À la fin du livre, Sven écrit l’histoire de cette jeune femme, qui aurait recueilli et hébergé Maja durant les quelques semaines de sa disparition. Est-ce la réalité ? Est-ce une tentative de rationaliser l’inexpliqué, l’inexplicable ? Tout se tient. Est-ce à cause de cet été 1972 qu’Ulrika s’est intéressée aux mythes relatifs aux enlèvements ? Sans doute inconsciemment, comme elle s’aperçoit qu’elle a agencé son salon comme celui de la maison Gattman ! La relation entre Ulrika et Anne-Marie est très bien notée, son début, comme son évolution et sa fin. Car la vie passe par-là, et ce qui était essentiel, vital se retrouve, un peu sans qu’on s’en rende compte, accessoire. " Il y a des gens qui possèdent la clé de notre âme. Qui peuvent ouvrir des pièces que nous avons toujours eues en nous, mais auxquelles nous n’avons jamais accédé. " Anne-Marie a été un de ces déclencheurs pour Ulrika, puis les aléas de l’existence les ont séparées, sans que ce soit ni voulu ni vraiment conscient. D’autres personnes sont venues ouvrir d’autres portes. Ulrika en est consciente et elle ne tombe jamais dans une nostalgie vaine et démoralisante. " C’est ainsi que s’écoulèrent ces étés, et sûrement que je les enjolive aujourd’hui, comme on le fait toujours pour ses souvenirs d’enfance. Je me rappelle encore parfaitement, comme des incertitudes de vie entre de longs et mornes hivers, ces étés où la famille Gattman rayonnait encore dans son éclat doré de miel et de moût de pomme. " Car s’il faut garder en soi le souvenir des belles choses passées, il ne faut pas qu’elles tuent le présent.

 

HERMANSON Marie – La plage (Musselstranden, 1998), trad. Max Stadler & Lucille Clauss, Rocher-Serpent à plumes, 2009, 318 p., 19 €, Suède.

 



 

Karsten Lund – Le marin américain

 

Nord Jutland, début du XIXe siècle. Jens Peter et Ane Christensen ont une vingtaine d’années et leur seul problème réside dans le fait que le couple n’a pas encore d’enfant. Fin 1902, un voilier fait naufrage au large de Skagen et le seul survivant, un certain Frederic Porter, est amené, à demi-mort, chez les Christensen. Ane et quelques autres personnes, principalement sa sœur Marie, se relaient à son chevet. Le lendemain matin, quand Jens Peter rentre chez lui après une période de pêche, le marin a quitté les lieux : on ne le retrouvera pas. Neuf mois plus tard, en septembre 1903, Ane accouche d’un fils, Tonny, dont certains traits (particulièrement ses cheveux bruns) rappellent le marin naufragé. Tonny grandit et un jour finit par interroger sa mère : pourquoi l’appelle-t-on l’Américain et pourquoi ne ressemble-t-il pas à son père ? L’explication qu’elle lui donne (et qui est d’ailleurs la vraie) n’affecte en rien la vie impétueuse du garçon qui se fait peu à peu un nom parmi les pêcheurs de l’endroit. Il fait fortune en commerçant avec l’Angleterre. En avril 1923, il épouse la fille de l’épicier, Rie Winther, et en septembre naît leur premier enfant, une fille : Kisser. Cette dernière devient elle-même mère, en 1954, d’un enfant aux cheveux bruns, Esben Klint, qui finit par être le dépositaire, d’une lettre qu’Ane avait remise jadis à Tonny et que celui-ci ne s’est jamais résolu à ouvrir…


Esben, qui a alors seize ans, reçoit cette lettre dans des conditions qui vont se révéler dramatiques : rentrant de Copenhague où il vient d’acheter un microscope à son petit-fils, Tonny est victime d’un malaise qui va entraîner sa mort. Se sentant responsable, Esben s’éloigne le plus possible des lieux du drame et cherche à tout oublier en se plongeant dans la biologie moléculaire. Ce n’est que 35 ans plus tard qu’il se décide à revenir à Skagen pour y ouvrir la lettre d’Ane et prendre connaissance de son contenu. Mais narrateur conscient de son pouvoir et de ses effets, Esben ne nous révèlera le fin mot de l’histoire que près de quatre cents pages plus loin. Quatre cents pages c’est long, direz-vous. Parfois, peut-être, certainement pas dans Le marin américain. Tout sonne juste dans ce livre, côté sociologique (l’évolution d’une petite société de pêcheurs sur tout le XXe siècle) et côté psychologique, du portrait d’Ane à celui de son petit-fils qui découvre Skagen à l’occasion de vacances qu’il y passe ou des fêtes de famille où tout le monde se retrouve. Esben ne cherche à idéaliser ni les uns ni les autres, ni lui-même d’ailleurs, et s’il sait peindre tout son monde avec humour, il excelle également à nous rendre les moments plus graves, plus dramatiques, avec une sympathie et une compréhension qui ne se démentent jamais. Vraiment un très, très beau roman.

 

LUND Karsten – Le marin américain (Den amerikanske sømand, 2007), trad. Inès Jørgensen, Gaïa, 2009, 396 p., 24 €, Danemark.

 

 




Morten Ramsland – Tête de chien

 


Asger Eriksson revient voir sa grand-mère mourante, c’est l’occasion pour lui de faire le point sur tout ce qu’il sait de sa famille. Son grand-père Askild Eriksson est devenu ingénieur dans le Bergen des années 1930. C’est là qu’il a rencontré sa future femme, Bjørk. Fille d’armateur, elle était d’un milieu social beaucoup plus élevé que le sien. La guerre survenue, Askild se lance dans différents trafics et finit par se retrouver dans un camp en Allemagne. Il s’en sort quasi miraculeusement, mais traumatisé, et finit par retourner en Norvège où il se marie. Il aura trois enfants avec Bjørk : Niels, Anne Katrine et Knut. Le premier naît avec des oreilles si disproportionnées par rapport au reste de son corps qu’il est surnommé Feuilles de chou, la seconde est retardée mentale et le troisième, toujours en opposition avec son père, n’aura de cesse que de quitter sa famille. Ingénieur aux chantiers navals de Bergen, Askild se fait remarquer par ses projets irréalisables et sa propension à l’alcool. Il finit par être renvoyé. Commence alors pour lui et sa famille une série de déménagements au fil des chantiers navals où il est embauché, puis d’où il est renvoyé. C’est ainsi que de Norvège, les Eriksson se retrouvent au Danemark. Le passage à Ålbog, dans le Jutland, est l’occasion pour Niels de rencontrer une jeune fille délurée, Marianne Qvist, qui lui fait faire les quatre cents coups. Malheureusement, elle doit suivre son père qui part au Groenland et lui le sien qui va terminer sa carrière professionnelle à Odense. C’est là que Niels rencontre Leila, qui a repris l’atelier d’encadrement de son père après son décès. Ils tombent amoureux et se marient. Ils ont une fille Stinne, née en 1970, et un fils, Asger, deux ans plus tard. Ils abandonnent l’encadrement. Niels devient " repreneur d’entreprises ", secondé par un certain Slotsholm, surnomme " La Bonde ". Leila étudie pour être infirmière. Tout bascule lorsque Marianne réapparaît, 25 ans après son départ pour le Groenland. Niels quitte tout pour partir avec elle : dix-huit mois plus tard, ils font une chute mortelle en montagne.


Voilà un résumé bien réducteur des nombreuses péripéties de ce roman de Morten Ramsland, car, " au fil des ans, les histoires sont devenues innombrables. " Des histoires qu’on raconte, des histoires qu’on tait, bref des histoires qui contribuent à nous faire devenir ce que nous sommes. C’est ce qu’Asger se met en tête de reconstituer pour chercher à expliquer pourquoi les choses en sont arrivées là. Il y a les traumatismes des uns et des autres, les choses qu’on a refoulées et celles qu’on s’est efforcé de taire, les mensonges entretenus et les vérités restées cachées, bref ce que le narrateur appelle plus loin " le ciment qui liait notre famille. " Le livre se présente un peu comme un roman puzzle : Asger dispose d’un certain nombre de pièces et part à la recherche de celles qui lui manquent. Il finit par assembler le tout et on s’aperçoit alors que cela s’assemble à merveille. Tout finit par trouver un sens, par s’expliquer. J’ai donc volontairement tu un certain nombre de choses importantes dans mon résumé pour laisser le lecteur les découvrir. Présenté ainsi, Tête de chien peut sembler extrêmement tragique, mais c’est sans compter sur l’humour, certes parfois relativement noir, et l’inventivité débordante de Morten Ramsland qui en font un roman où délire et réalisme se marient merveilleusement.

 


RAMSLAND Morten – Tête de chien (Hundehoved, 2005), trad. Alain Gnaedig, Gallimard (Du monde entier), 2008, 440 p., 22,50 €, Danemark.

 

Par élan - Publié dans : Littérature
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Mercredi 30 septembre 2009
 

Collégiens et lycéens, faîtes votre choix de lectures chez Thierry Magnier. Vous ne serez pas déçus !



4 x Bodil Bredsdorff

 

La fille Corneille : Une jeune fille habite seule avec sa grand-mère dans une maison située dans une baie isolée. À la mort de la vieille femme, guidée par deux corneilles, elle quitte les lieux et arrive dans un village où une femme la recueille. Elle lui demande son nom et se voit répondre : Ma grand-mère m’appelait Ma fille. La femme trouvant qu’elle ressemble à une corneille, elle devient ainsi la Fille Corneille. Se rendant compte que le gens qui l’ont accueillie ne sont pas aussi généreux qu’elle le supposait, elle reprend la route. Les deux corneilles la guident à nouveau jusqu’à une maison où vivent un veuf et son garçonnet, Dåp. L’homme qui ne s’est pas remis de la mort de sa femme a des accès de violence et la Fille Corneille repart en emmenant avec elle l’enfant. Leur chemin croise celui de Foula et de sa fille Eidi qui fuient, la première un mari l’autre un beau-père violent. Le groupe décide de regagner la baie d’où est partie la Fille Corneille. Un temps, le berger Rossan héberge la petite troupe contre divers travaux : Foula file la laine que sa fille carde, tandis que la Fille Corneille garde les moutons. Ces travaux terminés, le groupe repart, grossi de quelques moutons que Rossan leur a donnés comme salaire. L’arrivée à la baie est suivie d’une amère constatation : la maison a été cambriolée. Chacun se met pourtant à l’ouvrage pour essayer de survivre là. Un jour, Frid, le père de Dåp, et son autre fils plus âgé, Ravnar, surgissent. Le garçonnet ne semble pas vouloir repartir et la Fille Corneille propose à Frid de s’installer avec eux. Il accepte, repart vendre sa maison et revient avec divers matériaux, ustensiles, denrées et provisions qui vont permettre à tous de s’installer un peu mieux.


À la lecture du résumé qui figure ci-dessus, on pourrait croire que La fille Corneille de Bodil Bredsdorff (Danoise, née en 1951) est un récit lourdement mélodramatique, pavé de bonnes intentions et moralisateur à l’extrême. Il n’en est heureusement rien. La misère, la pauvreté, les mauvais traitements divers auxquels il est fait allusion ne servent jamais à susciter la condescendance du lecteur ni à provoquer chez lui – ce qui se fait généralement avec une certaine hypocrisie d’ailleurs – des larmes de polichinelle. Les malheurs arrivent parce que la vie n’est pas forcément drôle ou facile. Les personnages du livre qui en sont victimes gardent toujours une certaine fierté, une certaine dignité devant les aléas de leur existence. Ils conservent toujours une force intérieure communicative qui emporte l’adhésion du lecteur. Le livre de Bodil Bredsdorff n’est pas sans rappeler certains romans prolétariens où les auteurs nous racontaient également une enfance qui ne fut pas des meilleures tout en nous communiquant l’énergie qui leur a permis de s’en sortir dans les moments les plus difficiles et les situations les plus délicates. Et le fait que l’héroïne n’a pas de nom lui donne une espèce de valeur universelle, en fait une sorte d’archétype. Ajoutons que tout n’est pas que malheurs dans ce roman qui comporte de fort beaux moments de joie, individuelle ou partagée, et de très belles pages sur la beauté de la nature et le plaisir qu’on peut ressentir à y vivre et à la contempler.


La fille Corneille (Børnene i Kragevig, 1 : Krageungen, 1993), trad. Jean-Baptiste Coursaud, Thierry Magnier, 2006, 137 p., 9 €.




La fille au châle : Eidi se sent de trop dans la maison où sa mère, Foula, vient d’avoir un enfant avec son nouveau compagnon, Frid. Elle baptise le nouveau-né Cal, parce que « dès qu’on est avec lui, le silence et le calme se font dans la pièce », puis part chercher du travail. Elle en trouve chez le vieux berger Rossan, qu’elle accompagne à la ville où il doit vendre sa laine. En chemin Rossan se blesse et c’est très diminué qu’il arrive à destination. Là, ils sont hébergés chez la sœur de celui-ci, Lesna. Sur le marché, c’est Eidi qui doit se charger de la vente. À cette occasion, elle fait la rencontre d’un riche marchand du coin, Bandon, qui lui propose, peu après, d’entrer à son service comme tisseuse. Elle accepte ce moyen de gagner de l’argent, du moins jusqu’à ce que Rossan soit en mesure de retourner chez lui. Chez Bandon, elle découvre que celui-ci martyrise un jeune garçon, Tink, à qui il reproche d’être responsable de la disparition de la femme qu’il aimait, morte à la naissance de l’enfant. Eidi finit par s’enfuir avec Tink, pour le soustraire aux mauvais traitements qui constituent son quotidien. Elle se réfugie chez Rossan, où le fils de Lesna, Kotka, garde les moutons en attendant le retour du propriétaire. Quand il rentre enfin, elle retourne vers les siens, dans la baie aux Corneilles.


Après un premier ouvrage dont le personnage central était Meille, ce deuxième volume de la tétralogie que Bodil Bredsdorff a consacrée aux
Enfants de la baie aux Corneilles, est construit autour d’Eidi. C’est en effet elle qui se cache derrière le titre du livre, La fille au châle. C’est elle qui se fait un « tente-ta-chance. Une espèce de châle que les filles se confectionnent quand elles veulent trouver un travail. Elles le portent pour montrer leur savoir-faire en matière de tissage et le nombre de motifs qu’elles connaissent. » Comme le précédent livre de série, La fille Corneille, ce roman est construit en boucle, comme un voyage, plus ou moins initiatique : un personnage quitte la baie en proie au doute et y revient, après avoir affronté diverses épreuves, la sérénité retrouvée. Ici, c’est la naissance de son demi-frère, jointe à la promiscuité qui règne dans la maison où elle loge avec sa mère, le compagnon de celle-ci, Frid, et le fils de ce dernier, Ravnar, qui pousse Eidi à partir. Quand elle rentre, c’est que les ombres planant sur la vie familiale ont été dissipées ou du moins qu’elle est prête à les affronter en face, avec dans les mains, véritable symbole de son nouvel état d’esprit, le petit gilet qu’elle a tricoté pour Cal. Moins dramatique que l’histoire de Meille – Eidi ne se retrouvant jamais longtemps dans des situations délicates ou insolubles–, on retrouve dans La fille au châle toute la chaleur humaine de Bodil Bredsdorff pour des personnages qu’elle nous rend, ô combien, attachants. On attend la suite…

 

La fille au châle - Les enfants de la baie aux Corneilles 2 (Børnene i Kragevig 2, Eidi, 1993), trad. Jean-Baptiste Coursaud, Thierry Magnier, 2007, 131 p., 9 €, Danemark.

 

 

 

 

Le garçon qui pensait être de trop : Tink a laissé les moutons entrer dans le potager et y dévorer tout ce qui poussait là. L’hiver, les habitants de la baies aux Corneilles n’ont plus que de pommes de terre à manger et Tink se croit responsable de la chose. Il décide de prendre la fuite mais, en chemin, il découvre un homme à moitié mort et revient donner l’alerte. L’individu ramené à la baie n’est autre que Burd, l’ancien mari alcoolique de Foula. Ayant repris des forces, il se met à la pêche et permet d’améliorer l’ordinaire de la petite société. Il associe Tink à son activité et sauve un jour le gamin tombé à l’eau de la noyade. Celui-ci se sent néanmoins toujours de trop et il s’enfuit une nouvelle fois. Sa tentative avorte quand sa route croise celle de Bandon qui le demande de le conduire à la baie où il propose aux habitants de faire du commerce avec eux. Burd retombe périodiquement dans l’alcoolisme et il finit par se pendre. Ravnar, qui a compris que Meille n’est pas amoureuse de lui mais de Kotka, s’embarque sur un bateau de pêche. Le vieux Rossan vient s’établir à son tour à la baie des Corneilles. Eidi décide d’accepter la place que Brandon lui propose en ville…


Bodil Bredsdorff poursuit, avec ce troisième volume, une tétralogie tout à fait intéressante. Les rapports humains sont justes, les problèmes abordés sans concession. À ce titre, le personnage de Burd est très bien vu : tout à tour sympathique (dans ses rapports avec Tink qu’il initie patiemment à l’art de la pêche) et repoussant (l’alcool le faisant devenir agressif et grossier). L’auteur n’adopte pas ici une solution de facilité, comme c’est (c’était ?) souvent le cas dans la littérature pour la jeunesse : Burd n’arrive pas à résoudre son problème, si ce n’est par le suicide. Un autre intérêt, tout particulièrement de cet épisode, est de nous montrer, avec force détails et précisions, comment on vivait à l’époque où se passe le récit, ce qu’on cultivait, élevait, mangeait, construisait, etc. Cet aspect donne beaucoup de crédibilité au récit de Bodil Bredsdorff. Et une nouvelle fois, on attend la suite avec intérêt.

 

Le garçon qui pensait être de trop - Les enfants de la baie aux Corneilles 3 (Børnene i Kragevig 3, Tink, 1994), trad. Jean-Baptiste Coursaud, Thierry Magnier, 2008, 126 p., 9 €, Danemark.

 

 

 

 

 

Le garçon qui voulait changer de nom : Dåp a grandi et ne se satisfait plus de son surnom. Frid, son père, lui dit qu’à l’origine il avait été appelé Alek. C’est donc ainsi qu’il faut l’appeler, déclare le garçon. Alek et Frid décident d’aller jusqu’à Sidstehavn pour y revoir le frère du premier et le fils du second, Ravnar, qui a quitté la baie aux Corneilles lorsque Meille lui a préféré Kotka. Ils profitent de la venue du bateau d’Eidi, venant s’approvisionner à la baie, pour repartir avec elle vers la ville. Là, ils découvrent que Ragnar vit dans des conditions misérables dans une masure. Ils remettent la maison en ordre. Alek trouve un petit emploi à l’auberge du coin, que tient Jona. Il laisse son père repartir seul. Une nuit, il aperçoit des naufrageurs qui attirent un bateau en difficultés sur les récifs et en liquident les survivants. Seule une jeune femme, Thala, réussit à leur échapper et cherche du secours dans la masure voisine, où Alek l’héberge. À son retour, Ravnar accepte la présence de Thala, même si cela ne semble guère lui plaire. Quand un nouveau piège est tendu à un bateau pris dans la tempête, Alek va donner l’alerte et les naufrageurs sont maîtrisés. Le jugement rendu peu après accorde à Thala, en dédommagement de ce qu’elle a subi, les biens de l’instigateur des naufrages. Elle prend ensuite avec Ragnar et Alek la direction de la baie aux Corneilles.


Bodil Bredsdorff termine, avec ce quatrième volume, l’histoire des « enfants de la baie aux Corneilles » dans le ton et l’esprit des précédents ouvrages. Le livre fourmille de détails sur la vie quotidienne et les occupations des gens à la ville (l’auberge de Jona, principalement) comme à la campagne, avec les activités des gens établis dans la baie, avec en plus le lien commercial qui s’établit entre ces deux mondes et qui est matérialisé ici par le commerce que tient Eidi. Quant aux personnages du livre, ils parviennent, une nouvelle fois, à écarter d’eux, même si ce n’est pas toujours facile, les dangers du monde extérieur et retrouver ce havre de paix et de solidarité qu’ils ont construit, à force de travail et de sacrifices, dans la baie aux Corneilles. Une belle série dont l’optimisme est communicatif, et cela fait du bien, incontestablement.

 

Le garçon qui voulait changer de nom - Les enfants de la baie aux Corneilles 4 (Børnene i Kragevig 4, Alek, 1995), trad. Jean-Baptiste Coursaud, Thierry Magnier, 2008, 123 p., 9 €, Danemark.

 

 

 




Lars Saabye Christensen 
Sur la touche



 

Sa mère lavant les maillots de l’équipe de foot de Frigg, Otto Olsen se charge de les rapporter et est ainsi en contact avec joueurs et encadrement. Il s’entraîne seul, mais n’a pas encore le niveau pour être intégré à l’équipe. Lors d’un match contre Lyn, il lance une pierre qui, à sa grande surprise, atteint l’arbitre à la tête. Il s’enfuit. Un peu plus tard, il revient au stade et dérobe un vrai ballon, car il ne dispose actuellement que se son ballon de plage et de sandales pour s’entraîner. Il va le cacher dans un container. Son larcin se révèle inutile, car son père, Edvard, lui offre en rentrant le soir un véritable ballon de foot…


Dans
Sur la touche, Lars Saabye Christensen nous raconte quelques semaines de la vie d’un garçon mal dans sa peau, timide et gaffeur. Le cadre est bien situé, un immeuble populaire avec la cour où Otto s’entraîne et quelques silhouettes de voisins plutôt originaux que l’on croise tout au long du récit. La période est celle, particulière, de la fin de l’année scolaire et de l’été, où Otto, qui ne part pas en vacances va se retrouver un peu seul en ville, ce qui n’est pas forcément pour lui déplaire. Il n’est plus alors le sujet des quolibets des spectateurs du match où ramasseur de balle il perd son short dont l’élastique a lâché ou des moqueries des invités de l’anniversaire d’Ane – une camarade de classe qui vit dans les beaux quartiers – quand ils découvrent le cadeau qu’il vient de lui offrir. L’auteur introduit un élément tragique dans son récit : Edvard, qui est déménageur, a un accident de travail : descendant un lourd piano dans un escalier, il reçoit l’instrument sur les jambes et restera paralysé. Son délicat retour dans l’immeuble est très bien évoqué. Le livre se termine sur un chapitre quasi onirique où Otto est intégré à l’équipe de Frigg et où, balle au pied, il se précipite vers les buts de l’équipe adverse : il doit marquer, « il doit y arriver, il le sait. »

 

Sur la touche (Gutten som ville være en av gutta, 1992), trad. Jean-Baptiste Coursaud, Thierry Magnier, 2007, 151 p., 10 €, Norvège.

 





Per Nilsson
Faux raccord




 
















Dans le bus qui l’emmène au lycée, un matin brumeux de novembre, un « un garçon, ou plutôt un jeune homme » aperçoit, à un arrêt, une fille à la chevelure rousse, vêtue d’une veste verte. « Elle monte et tout s’illumine. » Trois jours par semaine, il revoit celle qu’il a baptisée Joli Cœur dans les mêmes conditions. Il réussit enfin à échanger quelques mots avec celle qui s’appelle en réalité Mikaëla, puis ils commencent à se voir. L’année scolaire touche à sa fin quand elle accepte de faire l’amour avec lui. Peu après, il part passer un mois aux Etats-Unis. À son retour, elle se montre distante, fréquentant même un certain Hans-Peter…


Le livre de Per Nilsson vaut d’abord par sa justesse psychologique, c’est une très belle analyse du sentiment amoureux, non seulement chez le narrateur qui découvre l’amour, mais également chez Mikaëla qui est beaucoup plus mûre que lui. C’est d’ailleurs elle qui décide de tout, du quand et du comment. Elle sait très bien qu’elle avance là en terrain sensible et s’interroge toujours sur la pertinence de ce qu’elle entreprend. N’a-t-elle pas tort d’agir comme elle le fait ? Plus juvénile, le narrateur va devoir tenter de concilier sa vie d’avant (les copains, le voyage en Amérique) avec l’exclusivité de son amour. Le livre vaut ensuite par son traitement. Il est construit comme une sorte de retour en arrière où le narrateur élimine tour à tour de sa vue divers objets en rapport avec la dernière année de sa vie. Une sorte de destruction des preuves de tout ce qui l’a lié à Mikaëla. De temps en temps, le récit est fluide, parfois plusieurs possibilités sont proposées au lecteur, comme si on tournait plusieurs fois une scène. Ces divers éléments se rapportant au monde du cinéma ont vraisemblablement été à l’origine du titre français du roman,
Faux raccord, construit comme si le narrateur était devant sa table de montage et agençait du matériel précédemment filmé.

 

NILSSON Per – Faux raccord (Hjärtans fröjd, 1992), trad. Agneta Ségol, Thierry Magnier, 2008, 167 p., 10 €, Suède.

 

 




Maria Parr – Cascades et gaufres à gogo

 

Il se nomme Theobald Rodrik Danielsen Yttergård, mais on l’appelle Trille. Il a neuf ans et vit à la campagne, dans la baie de Knert-Mathilde, avec ses parents, son frère et ses sœurs (Milda, 14 ans, petite colombienne adoptée par la famille, Magnus, 13 ans, et Krølla, 3 ans). Au sous-sol, loge son grand-père, papy. Un peu plus loin, il y a la ferme de l’oncle Tor, le frère du père de Trille. La sœur de papy, mamie bis (la véritable grand-mère étant décédée), habite encore plus loin, mais est de toutes les fêtes de famille et confectionne d’excellentes gaufres. À côté, il y a une seule habitation, celle où logent la meilleure amie de Trille, Lena Lid, 9 ans également, et sa mère.


Le roman de Maria Parr se déroule sur une année. Le livre s’ouvre et se clôt sur une fête de la Saint-Jean. Entre ces deux dates, « il se passe toujours plein de choses loufoques quand on a une voisine et meilleure amie telle que Lena », nous confie Trille. Moins téméraire que la fillette, il poursuit en disant : « Mais, de temps à autre, je me dis que ce que je préfère par-dessus tout, ce sont les jours ordinaires. Les jours où il ne se passe rien de particulier, où je mange une tartine de pâté de foie, où Lena et moi jouons au foot, on cherche des crabes, on ne parle de rien d’exceptionnel, bref, ces jours où tout ne part pas en eau de boudin. » Dans
Cascades et gaufres à gogo, il va surtout être question des jours exceptionnels où les péripéties ne manquent pas. Les occupations de Trille et de Lena sont autant de farces qui se terminent généralement bien et toujours avec plus de peur que de mal. Nous sommes là dans un univers proche de celui d’Astrid Lindgren, entre Fifi Brindacier et Zozo la tornade, la tornade étant ici l’intrépide Lena. Ainsi, par exemple, nos deux garnements décident de reconstituer l’Arche de Noé sur le bateau de l’oncle Tor, de jouer à le Seconde Guerre mondiale et d’enterrer tous les postes de radio du coin, comme mamie bis leur avait indiqué que les Norvégiens le faisaient pour qu’ils ne soient pas saisis par les Allemands qui occupaient leur pays. Jamais en manque d’imagination, les deux gamins se font musiciens de rue pour pouvoir se payer un ballon de foot, Trille ayant à nouveau égaré le sien, ou décident d’ouvrir une maison de retraite pour les chevaux, afin d’éviter l’abattoir à Poulichonne, la jument de Jon de la Côte, un voisin qui doit quitter sa maison pour l’hospice et ne pourra donc plus s’occuper de l’animal. Tout n’est pourtant pas que joie et amusement dans cette année de la vie de Trille. La mort brutale, un infarctus, de mamie bis tout d’abord, puis le départ de Lena à la ville, où sa mère doit terminer des études artistiques, sont sources de tristesse et de nostalgie. Mais tout finira par s’arranger : Lena reviendra vivre dans la maison de la baie et même trouvera le papa qui lui manquait en la personne d’un jeune médecin, Isak. Suprême avantage qui lui permettra de se lancer dans des aventures encore plus périlleuses, maintenant que le docteur est à portée de la main et non de l’autre côté du fjord, soumis aux allers-retours du ferry !

 

Cascades et gaufres à gogo (Vaffelhjarte – Lena og eg i Knert-Mathilde, 2005), trad. Jean-Baptiste Coursaud, Thierry Magnier, 2009, 181 p., 10,50 €, Norvège.



Vient de paraître

 















 
et toujours au catalogue



 

 

Voir Denis Ballu : Lettres nordiques 2004-2006, L'Élan, 2007, p. 54-56 




Voir Denis Ballu : Lettres nordiques 2004-2006, L'Élan, 2007, p. 262-263





Voir Denis Ballu : Lettres nordiques 2004-2006, L'Élan, 2007, p. 286




Voir Denis Ballu : Lettres nordiques 2004-2006, L'Élan, 2007, p. 286-287



Voir Denis Ballu : Lettres nordiques 2004-2006, L'Élan, 2007, p. 287-289




Voir Denis Ballu : Lettres nordiques 2004-2006, L'Élan, 2007, p. 296-297




Voir Denis Ballu : L'Année scandinave 2003, L'Élan, 2004, p. 49-50





Voir Denis Ballu : L'Année scandinave 2003, L'Élan, 2004, p. 45-46
Par élan - Publié dans : Littérature
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Vendredi 12 juin 2009

 

7 x Oskar & Malena, détectives privés

Martin Widmark a été appelé parfois « l’Agatha Christie de la jeunesse », ce qui se justifie tout à fait à la lecture de la série d’ouvrages consacrés à Oskar et Malena. Le public concerné ici est celui des lecteurs débutants, un créneau qui n’est pas celui pour lequel on trouve forcément le plus de livres. Les très jeunes ou les adolescents me semblent généralement plus ciblés par l’édition. Voilà donc une bonne chose que cette série, propre à fidéliser ses lecteurs par des intrigues simples mais captivantes, pas trop longues, sans trop de personnages, pas très effrayantes non plus, avec deux enquêteurs sympatiques et bien servie par les illustrations humoristiques de
Helena Willis.

 


Le mystère des diamants volés : Muhammed Carat va bientôt devoir fermer sa bijouterie, à la suite des vols quotidiens dont il est victime. Son ultime recours est de s’adresser à Oskar et Malena à qui il propose un petit travail chez lui pour leur permettre d’observer ses trois employés. Nos deux détectives surveillent tour à tour la vendeuse Siv Leander (qui a demandé à plusieurs reprises des augmentations à son patron, l’assurance n’ayant pas voulu l’indemniser pour l’incendie de sa maison), Ture Modig qui polit les diamants (mais est le fils de l’ancien propriétaire et, faute de moyens, n’a pas pu prendre la succession de son père) et Lollo Smitt qui assure la taille et le montage des pierres précieuses (et qui vient de s’acheter une superbe voiture). Lequel dérobe les diamants et, surtout, comment réussit-il à les faire sortir de la bijouterie ?

 Le mystère de la momie : Un tableau de valeur a été dérobé dans la nuit au musée de Valleby, sans qu’aucune effraction n’ait été relevée. Effrayé, le gardien de nuit pense que le vol a été effectué, dans le but d’une vengeance quelconque, par une momie récemment rapportée d’Égypte. Il a vu la momie et, armé d’un couteau, le bras de cette dernière a été filmé par une caméra de surveillance. Oskar et Malena arrivent rapidement sur les lieux et ne croient pas du tout à une vengeance de la momie, même si diverses histoires sur le sujet circulent. Pour cesser ses larcins, la momie exige cinq millions de couronnes. Nos enquêteurs orientent donc leurs investigations vers le personnel du musée : Krister Lönn, veilleur de nuit, doit faire vivre une famille de sept enfants ; Pernille Gren, la caissière, semble avoir un train de vie bien supérieur à sa rémunération ; la femme de ménage, Cornelia Hammarberg, ne roule pas sur l’or ; quant à la conservatrice, Barbro Malm…


 

Le mystère du cirque : Chaque représentation donnée par le cirque Splendido est marquée par le vol de colliers, portables et portefeuilles. Celle qui a lieu à Valleby ne fait pas exception et Oskar et Malena s’empressent de collaborer avec le commissaire de police local pour comprendre ce qui se passe. Le directeur du cirque et sa femme ont des problèmes financiers et sentimentaux. Ali Pacha, l’homme le plus fort du monde, casse fréquemment le nez de ses adversaires et doit rembourser les soins apportés à ses victimes. Le magicien Trocadéro sort de prison et ne doit pas rouler sur l’or. Quant au clown, Bobo, s’il doit un jour entretenir la femme du directeur… Et que penser de la fille aux ballons et de Sylvestre, son singe ?


 

Le mystère du Grand Hôtel : Lors des fêtes de Noël, Oskar et Malena donnent un coup de main au Grand Hôtel, où la famille Boskoop (Monsieur, Madame et leur petite Pomona) est hébergée pour quelque temps. Un jour, le teckel de prix des Booskop disparaît et son propriétaire déclare qu’il partira sans payer sa note si l’animal n’est pas retrouvé. Nos deux jeunes détectives se lancent aussitôt à la recherche du voleur. Est-ce le directeur lui-même, Ronny Hazelwood, qui s’est ruiné pour retaper son hôtel ? Le portier grincheux et antipathique Rune Andersson, qui voudrait s’acheter un timbre de collection hors de prix ? La cuisinière Riita Heijalainen, qui voudrait monter son propre restaurant en France ? Jean-Paul Hopaux, le garçon chargé du ménage, qui voudrait aider Riita dans son entreprise ?

 

Mystère à l’école : Des faux billets de 100 couronnes circulent dans tout Valleby, ce qui risque de provoquer la faillite de divers commerçants de l’endroit. Dans le même temps, le directeur de l’école vient d’interdire l’utilisation du nouveau photocopieur de l’établissement : quelqu’un ayant fait en douce deux mille photocopies. Oskar et Malena font le rapprochement entre les deux faits et entreprennent de surveiller les agissements du personnel de l’école : M. Ahlberg, le directeur (qui vient de s’acheter une voiture de sport), Mlle Gune, l’institutrice (qui repousse son départ à la retraite pour des raisons financières), Klas, le remplaçant (qui économise pour se payer un tour du monde), Mary, l’infirmière scolaire (sur laquelle on ne sait pas grand chose) et Risto, le nouveau gardien (qui a entrepris la construction d’une maison de vacances). La chasse au faux-monnayeur est ouverte…

 

Le mystère des animaux en danger : Alors qu’Oscar et Malena, flanqués de leur amie Marina (voir Le mystère du cirque), constatent que les pensionnaires de l’animalerie de Valdemar sont malades, se déroule une manifestation dont le slogan est « Libérez les animaux ! » À la tête de celle-ci, le serrurier Taleb van Dango pourrait bien être celui qui s’introduit la nuit dans l’animalerie. Mais les animaux ne pourraient-ils pas être empoisonnés par le facteur Franco Bollo qui loge au-dessus de magasin et qui avoue être dérangé par les aboiements nocturnes qui en montent. D’autant plus que les aliments des animaux transitent par la poste. Et quel rôle joue Frida, la jeune fille embauchée depuis un mois pour faire le ménage par Valdemar ?

 

Le mystère des du train : Malena et Oskar prennent le train à Valleby pour se rendre chez le grand-père du garçon, à Kristinelund. Ils s’y retrouvent avec le commissaire du coin, Randolf, qui doit veiller sur un sac contenant quatre millions de couronnes en billets usagers qu’il doit convoyer jusqu’à leur lieu de destruction. Au cours du trajet, le sac est dérobé. Quatre suspects sont identifiés : un pasteur en lutte contre le stress dans la société, la contrôleuse Agneta Wikander qui pratique la magie, la serveuse que Malena voit mettre dans sa poche l’argent des produits qu’elle vend et enfin le conducteur du train, Fritiof Andersson, vieille connaissance de Randolf avec qui il pratiquait jadis la lutte…

 

WIDMARK Martin - Oskar & Malena, détectives privés : Le mystère des diamants volés (Lasse Majas detektivburå : Diamantmysteriet, 2002), trad. Marianne Ségol-Samoy, ill. Helena Willis, Oskar jeunesse (Oskar polar), 2007, 76 p., 9,95 €, Suède.

 

WIDMARK Martin - Oskar & Malena, détectives privés : Le mystère du Grand Hôtel (Lasse Majas detektivburå : Hotellmysteriet, 2002), trad. Marianne Ségol-Samoy, ill. Helena Willis, Oskar jeunesse (Oskar polar), 2007, 73 p., 9,95 €, Suède.

 

WIDMARK Martin - Oskar & Malena, détectives privés : Le mystère du cirque (Lasse Majas detektivburå Cirkusmysteriet, 2003), trad. Marianne Ségol-Samoy, ill. Helena Willis, Oskar jeunesse (Oskar polar), 2008, 75 p., 9,95 €, Suède.

 

WIDMARK Martin - Oskar & Malena, détectives privés : Le mystère de la momie (Lasse Majas detektivburå :Mumiemysteriet, 2004), trad. Marianne Ségol-Samoy, ill. Helena Willis, Oskar jeunesse (Oskar polar), 2007, 87 p., 9,95 €, Suède.

 

WIDMARK Martin - Oskar & Malena, détectives privés : Mystère à l'école (Lasse Majas detektivburå : Skolmysteriet, 2006), trad. Marianne Ségol-Samoy, ill. Helena Willis, Oskar jeunesse (Oskar polar), 2007, 88 p., 9,95 €, Suède.

 

WIDMARK Martin - Oskar & Malena, détectives privés : Le mystère des animaux en danger (Lasse Majas detektivburå Zoomysteriet, 2007), trad. Marianne Ségol-Samoy, ill. Helena Willis, Oskar jeunesse (Oskar polar), 2008, 100 p., 9,95 €, Suède.


WIDMARK Martin - Oskar & Malena, détectives privés : Le mystère du train (Lasse Majas detektivburå - Tågmysteriet, 2005), trad. Marianne Ségol-Samoy, ill. Helena Willis, Oskar jeunesse (Oskar polar), 2008, 89 p., 10,95 €, Suède.

 

 

 

2 x Nelly Rapp, chasseuse de monstres

 

La littérature pour la jeunesse, à l’image de nombreux contes, a toujours apprécié les sujets disons irrationnels et la série consacrée à Nelly Rapp s’inscrit un peu dans cette tradition. Rien pourtant ici de propre à effrayer les jeunes lecteurs. Nous sommes plutôt là dans le domaine de l’humour et, avec « ruse, sang-froid et savoir », la jeune héroïne de la série viendra à bout de toutes les missions qui lui seront confiées.


L’école des monstres : Les parents de Nelly reçoivent une invitation à dîner de l’oncle Hannibal Löök, un parent qui était resté longtemps sans donner de ses nouvelles. Le jour venu, ils se rendent au manoir où habite Hannibal. Au cours de la soirée, Nelly se retrouve dans une sorte de salle de classe, dans une pièce située tout en haut de la bâtisse. Elle y rencontre une vieille femme, Lena-Sleva, qui lui indique que son oncle l’a observée et pense qu’elle a les capacités pour devenir chasseuse de monstres, une profession qui a besoin de recruter et qu’exerce d’ailleurs Hannibal. Chargée de la formation des futurs chasseurs de monstres, Lena-Sleva fait subir un test à Nelly, qui s’en tire avec succès.

 

Les monstres Frankenstein : Les vacances venues, Nelly retourne chez son oncle pour y parfaire sa formation : apprendre à reconnaître les monstres et les moyens de les empêcher de nuire. Alors que l’école a repris, on la charge d’une première mission : observer les activités d’un certain Robert Steene, qui serait un monstre Frankenstein, de ceux qui, « en apparence, ressemblent à tout le monde, mais leur cerveau et leur cœur ne sont pas reliés l’un à l’autre. » Cette dernière chose peut les rendre froids et cruels. Pistant Robert Steene et alors que celui-ci est à la piscine, Nelly s’aperçoit qu’il a deux pieds droits. Elle manigance alors de le faire entrer à la clinique du pied, où l’infirmière scolaire et directrice de l’établissement va pouvoir le prendre en charge.

 

 

WIDMARK Martin – Nelly Rapp, chasseuse de monstres : L'école des monstres (Nelly Rapp – Monsterakademin, 2003), trad. Véronique Delamarre, ill. Christina Alvner, Oskar jeunesse (Oskar frisson), 2007, 90 p., 9,95 €, Suède.

 

WIDMARK Martin - Nelly Rapp, chasseuse de monstres : Les monstres Frankenstein (Nelly Rapp – Frankensteinaren, 2003), trad. Véronique Delamarre, ill. Christina Alvner, Oskar jeunesse (Oskar frisson), 2007, 90 p., 9,95 €, Suède.



 

 

 Anna-Clara Tidholm – Amis pour la vie

 

Nino, le lapereau, est gourmand et il se fait une telle pile de crêpes qu’il n’arrive pas à les manger toutes. Heureusement qu’Amandine, la lapine, vient partager son goûter. Le lendemain, alors que la pluie tombe et que la solitude pèse à Nino, il reçoit la visite d’Amandine, qui vient partager avec lui un petite part de tarte aux cerises. Elle décide ensuite de rester chez Nino : ils sont amis pour la vie.

Avec ses dessins aux couleurs vives et ses lapins expressifs, avec un texte, entre descriptions et présentations sommaires des personnages et de leurs actions, rendu très vivant par des phrases exclamatives ou des interrogations permettant de relancer leur attention, Amis pour la vie séduira les plus jeunes lecteurs.

 

TIDHOLM Anna-Clara - Amis pour la vie (En liten stund, 2006), trad. Mymi Doinet, Oskar Jeunesse, 26 p., 8,95 €, Suède.

 

 

 

Ulf Nilsson – Adieu, Monsieur Câlin



 Monsieur Câlin est un vieux cochon d’Inde qui reçoit un jour la lettre suivante : « Je suis très triste parce que papa m’a dit que quand un cochon d’Inde devient vieux, il peut mourir subitement. » Il refait défiler toute sa vie et se dit qu’elle a été « la plus belle de toutes. » Un jour, le vétérinaire vient l’examiner et repart en baissant la tête. Monsieur Câlin continue à recevoir des lettres lui disant qu’il ne doit pas avoir peur de mourir. Un jour, son ventre est traversé par une douleur terrible et il meurt. Il a droit à une belle cérémonie d’enterrement.

Ulf Nilsson nous conte là une belle histoire, sensible et émouvante, qui touchera tout particulièrement les enfants qui ont perdu un animal auquel ils s’étaient attachés. Le récit mêle adroitement et de façon très prenante, l’histoire du cochon d’Inde et celle des humains. Leurs vies sont bien évidemment indépendantes comme l’illustrent la visite du vétérinaire d’un côté ou l’évocation des ses souvenirs par M. Câlin d’un autre, mais se rejoignent astucieusement dans la correspondance que ce dernier reçoit de la part de son jeune propriétaire. Par delà la fable animalière, le livre évoque plus largement l’existence de tout un chacun et son aboutissement, la vieillesse et la mort. Il peut permettre d’évoquer ce sujet grave et délicat avec les enfants. Le texte est bien servi par les illustrations d’Anna-Clara Tidholm, particulièrement réussies quand elle nous peint un vieux hamster, l’œil triste et la moustache tombante.

 

NILSSON Ulf – Adieu, Monsieur Câlin (Adjö, herr Muffin, 2002), trad. Signe Hessel & Véronique Delamarre, ill. Anna-Clara Tidholm, Oskar, 2007, 45 p., 12.95 €, Suède.

 

 

2 x Riitta Jalonen

La petite fille et l’arbre aux corneilles

 

Alors que sa mère est partie acheter des billets de train à la gare voisine, restée seule, une petite fille soliloque sur sa vie.

On l’aura compris à la minceur du résumé qui figure ci-dessus La petite fille et l’arbre aux corneilles n’est pas un récit d’action aux multiples rebondissements et péripéties. Bien servie par les illustrations pastel de Kristiina Louhi, Riitta Jalonen donne là un récit très prenant, très incantatoire. C’est le monologue, proche de la poésie d’ailleurs, d’une petite fille dont la vie a été bouleversée par la mort de son père et qui s’interroge, ne comprenant d’ailleurs pas tout – et comment en serait-il autrement ? – sur ce qui va lui advenir. Tout lui semble bien flou, bien problématique (le départ dans une autre ville), car elle a perdu ou va perdre tous ses repères (son père, ses amies d’école). Rien ne sera plus comme par le passé, à l’image de son ours en peluche, entre elle et sa mère dans le lit, à la place qu’elle occupait auparavant entre ses parents.

 

La montagne de fleur de neige

 

Quand elle était jeune, la maman de Sari avait cueilli une fleur dans les montagnes de Norvège, puis elle l’avait fait sécher avant de l’encadrer. Elle avait alors promis à la plante de la rapporter un jour à l’endroit où elle avait poussé. Le moment est venu d’accomplir la promesse faite autrefois.

Nous retrouvons dans La montagne de fleur de neige, ouvrage signé également Riitta Jalonen pour le texte et Kristiina Louhi pour les illustrations, les personnages et le ton de La petite fille et l’arbre aux corneilles. L’histoire est toujours narrée à la première personne par une fillette, dont on apprend ici qu’elle se nomme Sari. Sa mère, réduite à une simple silhouette dans le livre précédent, prend ici plus d’importance : elle est à l’initiative du voyage et partage tous les moments de celui-ci avec sa fille. Par contre, si le souvenir du père décédé de Sari est toujours présent, il semble déjà un peu plus distant des pensées de l’héroïne. L’écriture simple est là encore extrêmement poétique et rend bien les sentiments de Sari, son étonnement devant diverses choses qu’elle découvre, ses interrogations devant diverses choses qu’elle ne comprend pas.


 

JALONEN Riitta - La petite fille et l'arbre aux corneilles (2004), trad. Anniki Chavanat & Catherine Leblanc, ill. Kristiina Louhi, Oskar jeunesse, 2007, 48 p., 13,95 €, Finlande.


JALONEN Riitta - La montagne de fleur de neige (2005), trad. Anniki Chavanat & Catherine Leblanc, ill. Kristiina Louhi, Oskar jeunesse, 2007, 48 p., 13,95 €, Finlande.



 

4 x Ulf Löfgren – Ludo

 

Ludo : Ludo exécute un certain nombre d’actions quotidiennes : s’habiller, manger, lire, se laver les dents, se coucher.

Ludo et les animaux : Ludo joue avec son nouveau ballon qui atterrit tour à tour sur divers animaux. Chaque animal qui le reçoit pousse un cri à partir duquel Ludo s’interroge sur la nature de la bête touchée.

Ludo et le téléphone : Ludo répond au téléphone et chacun de ses correspondants lui donne quelques indications pour lui permettre de l’identifier. Chaque animal indique ensuite à Ludo quel jour de la semaine il viendra le voir. C’est à la porte qu’on sonne maintenant… et tous les correspondants de Ludo sont là en même temps !

Ludo et ses amis : Alors que Ludo et ses amis s’amusent à glisser sur le toboggan du parc, une querelle survient entre Lena et Lapinou. Vexé, ce dernier s’en va. Quand ils s’aperçoivent de sa disparition, Ludo et ses amis partent à sa recherche.

 

Avec ses livres illustrés mettant en scène Ludo, Ulf Löfgren s’adresse à de très jeunes lecteurs. Les quatre ouvrages présentés ici procèdent de la même façon : le récit s’articule autour de situations simples, à la fois répétitives (le ballon qui tombe chaque fois sur un animal différent, le cri de l’animal touché) et différentes (Ludo identifie mal l’animal, sauf quand on ne s’y attend plus), pour nous contenter d’un exemple pris dans Ludo et les animaux. L’auteur suscite également l’intérêt de ses lecteurs en sollicitant leur participation : ils peuvent, eux aussi, répondre aux questions que se pose Ludo, avant de tourner la page pour avoir la solution. Le petit format carré convient tout à fait bien à l’aspect à la fois ludique et pédagogique des histoires.

 

LÖFGREN Ulf – Ludo (Ludde, 1984), trad. Signe Nordlund, Oskar jeunesse, 2008, 26 p., 4,95 €, Suède.

 

LÖFGREN Ulf – Ludo et les animaux (Ludde och alla djuren, 1986), Oskar jeunesse, 2008, 26 p., 4,95 €, Suède.

 

LÖFGREN Ulf – Ludo et le téléphone (Ludde och telefonen, 1993), trad. Signe Nordlund, Oskar jeunesse, 2008, 26 p.,
4,95 €, Suède.

 

LÖFGREN Ulf – Ludo et ses amis (Ludde och hans vänner, 1998), trad. Signe Nordlund, Oskar jeunesse, 2008, 26 p., 4,95 €, Suède.

 

 

 

 

 

Par élan - Publié dans : Littérature
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Dimanche 19 avril 2009
Juhani Aho : Le peuple genévrier






À la fin du XIXe siècle, les relations entre la Russie et ce qui était alors son Grand duché de Finlande se détériorent peu à peu. Durant cette période, Juhani Aho écrit une cinquantaine de courts récits cherchant tout à la fois à inciter ses compatriotes à la résistance et les Russes à plus de modération dans leurs décisions et moins d’arrogance dans leurs attitudes. Ses textes sont d’une grande diversité : descriptions de voyages, rêveries sur la nature, contes moraux, fables animalières, etc. Les présentant aux lecteurs français, René Puaux concluait ainsi : “ Les nouvelles de Juhani Aho ont donc un intérêt d’actualité, mais comme tout ce qui est écrit dans un but déterminé, elles porteraient en elles le germe mortel qui s’attache aux choses passagères, si un souffle d’idéalisme et d’éternelle beauté ne les sauvait de ce sort implacable. La cause que défend l’auteur se grandit au point de devenir celle de l’humanité opprimée tout entière. Ce n’est pas le plaidoyer d’une jour et d’une affaire, c’est l’éternel plaidoyer de la justice. ”

 

Juhani Aho (1861-1921) débute dans le journalisme, puis se tourne vers le roman sous l’influence du naturalisme français. Un long séjour à Paris (1889-1890) lui permet d’ailleurs de rencontrer des écrivains comme Maupassant, Zola, Daudet. Il traduira d’ailleurs ce dernier en finnois, comme il le fera plus tard de Victor Hugo et de Maurice Maeterlinck. C’est surtout dans de petits textes que son grand talent se révèle vraiment. Il les appelait lui-même des “ copeaux ”, et c'est sous ce titre qu'il les publia dans huit volumes entre 1891 et 1921. Un choix a été publié en français sous le titre Copeaux (L’Élan, 1991).

 

ISBN 978-2-909027-78-4 / 9 €

EAN 9782909027784

 

 

 

Zacharias Topelius : Sampo Lappelill et autres contes





 

Écrivain finlandais de langue suédoise, Zacharias Topelius (1818-1898) a consacré une importante partie de sa production aux enfants. Poèmes, contes, pièces de théâtre se retrouvent dans les huit volumes de Lectures pour les enfants (1863-1896) ou dans Notre pays (1875), alors le livre de lecture préféré des écoliers finlandais. Cette production lui a valu d’être appelé “ l’Andersen de la Finlande et de la Suède ”.

 

Le présent recueil contient cinq contes : Sampo Lappelill, histoire d’un jeune Lapon qui va défier le “ roi de la montagne ” qui ne veut pas rendre le soleil aux humains après la longue nuit d’hiver ; La coccinelle qui garde la clef d’or de la Vierge Marie propose une explication au surnom de “ bête à bon Dieu ” donné à la coccinelle ; On retrouve celle-ci à la fin du conte La fourmi chez le docteur, où une fourmi gagne la ville voisine pour y faire soigner sa fille par un médecin de l’endroit ; Le petit garçon de Pernå évoque, quant à lui, le destin de Mikael Agricola, futur évêque et introducteur de la Réforme en Finlande ; Dans Le forgeron, je jeune Rikki gagne les nuages pour dire au responsable du temps qu’il fait ce qu’il pense de sa météo pourrie !

 

ISBN 978-2-909027-79-1 / 6 €

EAN 9782909027791

 

Par élan - Publié dans : Parutions 2009
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