Vénus, de Gunnar Helsengreen

Publié le par Denis Ballu

Titre : Vénus
Titre original : Venus
Production : Fotorama
Réalisation : Gunnar Helsengreen
Scénario : Axel Breidahl & Arvid Ringheim
Interprétation : Alfred Cohn (Sivertsen / Durand), Martha Helsengreen (sa femme), Marie Niedermann (Edith / Yvette, puis "Venus", leur fille), Sigrid Creutz Hindborg (Ellen / Suzanne, leur seconde fille), Alf Kaae (l’ingénieur Holm / André, locataire chez Sivertsen), Peter Nielsen (le directeur de l’Eldorado), Valdemar Schiøler Linck (un habitué de l’Eldorado), Axel Boesen, Søren FjelstrupLongueur : 740 m.
Sortie au Danemark : 6 novembre 1911
Sortie annoncée en France dans Ciné-Journal du 10 février 1912 comme un film de la Nordisk (qui distribuait les productions de la Fotorama à l’étranger), dans une distribution de Louis Aubert


    Si vous demandiez à M. Sivertsen quel était son métier, il donnait une réponse vague : il était dans les affaires et se rendait justement à un rendez-vous avec le directeur de telle ou telle entreprise. En fait de rendez-vous, il était plutôt avec d’autres clients du bistrot au coin de la rue, et les affaires consistaient à jouer des coups à boire aux dés. Mais le patron croyait savoir qu’il avait servi dans de grandes maisons… Et de quoi vivait-il ? De ce que gagnait sa femme en faisant la lessive et le repassage chez des familles plus fortunées ; de ce que gagnaient ses filles à l’usine… et puis il y avait le locataire ! En ce qui concernait ce dernier, Sivertsen était devenu un véritable expert en extorsion de petits suppléments et d’avances de loyers, aussitôt dépensés en denrées alimentaires ou boissons, le tout avec une telle bonhomie que le locataire, le jeune et serviable ingénieur Holm, se laissait avoir à chaque fois. Dommage que la honte qu’infligeait à la fille aînée, Edith, le comportement paternel, vienne gâcher la bonne humeur de son père ! Un soir, elle lui dit ses quatre vérités, à savoir qu’elle ne supportait plus de voir sa famille vivre aux crochets de l’ingénieur, et qu’elle avait décidé de répondre à une annonce du théâtre de variétés « L’Eldorado » qui cherchait des jeunes femmes ayant le goût et le talent pour la scène. Même l’ingénieur Holm, qui avait le béguin pour la jeune fille, ne parvint pas à la dissuader de s’engager sur le chemin douteux d’une carrière de cabaret, et le lendemain, elle se rendit, pleine d’espoir, à « L’Eldorado ». Bien qu’elle ne fut pas la seule candidate, elle se rendit immédiatement compte de l’effet qu’elle produisait sur le directeur, qui, totalement subjugué, accepta de l’engager dans des conditions particulièrement avantageuses. La famille se réjouit tout autant que la fille à l’idée d’un avenir radieux et de l’argent facile. Le seul à ne pas partager leur joie, c’était l’ingénieur, transi d’amour pour Edith et effrayé par l’univers qui l’attendait, sans qu’il puisse la protéger. Bientôt, le nom d’Edith brilla au firmament des sphères demi-mondaines, « Vénus » ayant connu un succès foudroyant. Puis sa patrie devint trop petite pour celle qui obtint dans les cabarets du monde entier un succès fou et des cachets faramineux, lui permettant de se vautrer dans le luxe, et à sa famille qu’elle aidait généreusement, de s’installer dans une villa luxueuse. Son père s’affubla du titre ronflant de « rentier » et sa sœur Ellen décrocha la timbale en se fiançant avec le jeune Struckman, fils du conseiller d’État bien connu. Entre-temps, le jeune Holm avait obtenu son diplôme et était devenu l’un des ingénieurs les plus prisés de la capitale. Mais il n’avait jamais réussi à oublier son amour de jeunesse, et frissonnait à chaque fois que « notre chère compatriote, Miss Edith » faisait la une dans toutes les capitales d’Europe. Edith n’était pas revenue dans sa ville natale depuis plusieurs années quand le directeur de « L’Eldorado », acculé par les dettes, eut la bonne idée de lui proposer un engagement, et quelques jours plus tard, tous les journaux annonçaient le retour de l’enfant prodigue dans son rôle fétiche, Vénus. Le succès fut au rendez-vous, mais les mauvaises langues également, et bientôt, les frasques et le train de vie d’Edith faisaient l’objet de tous les ragots, faisant craindre à son père que l’on fasse le rapprochement entre sa richesse soudaine et les cachets de sa fille ! Cependant, sans s’en douter, Edith arriva à un tournant dans sa vie. Un jour, lors d’une promenade, elle aperçut l’ingénieur Holm, en plein travail sur un chantier, mais celui-ci refusa de serrer la main gantée que lui tendit Edith. D’un coup, elle prit conscience de la vanité et de la vacuité de son existence, et décida aussitôt de rompre tous ses engagements, quitte à payer les dédommagements exigés. Les journaux firent leurs choux gras de la nouvelle sensationnelle du revirement total de la vedette qui avait abandonné la scène pour rejoindre l’Armée du salut, n’hésitant pas à troquer ses tenues extravagantes contre l’uniforme pour vendre, dans les cafés, la revue « Le cri de guerre » ! Pour sa famille, furieuse, c’était la déchéance, les journaux ayant eu vent des liens familiaux entre le « rentier » bien connu au champ de courses et la vedette des cabarets. Quant aux fiançailles de la sœur, elles furent immédiatement rompues ! Puis Edith rencontra à nouveau l’ingénieur Holm, cette fois ravi de retrouver enfin la jeune fille qu’il aimait, l’âme apaisée et épurée de tous les péchés. Les deux jeunes signèrent un pacte pour la vie, heureux de bâtir un foyer dans l’amour et la beauté. Edith avait enfin trouvé le bonheur qui allait rayonner toute sa vie durant. (traduction programme danois Ellen Erichsen)

 

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