Un hôte d’un autre monde, d'August Blom

Publié le par Denis Ballu

Titre : Un hôte d’un autre monde / L’hôte d’un autre monde ou Pauvre forçat (Suisse)
Titre original : Tugthusfange No. 97 / En Gæst fra en anden Verden
Production : Nordisk Films Kompagni 
Réalisation : August Blom
Scénario : Clara Viebig
Photo : Johan Ankerstjerne
Interprétation : Aage Hertel (Friedrich Blaske / Frédéric Blaise, prisonnier), Marie Dinesen, Charles Willumsen, Ivan Christy, Holger Syndergaard, F. Clausen, Agnes Andersen, Ingeborg Jensen, Dagmar Kofoed, Peter Jørgensen, Ellen Ferslev, Franz Skondrup, Frederik Buch, Oluf Billesborg, Carl Schenstrøm, Vita Blichfeldt, Birger von Cotta-Schønberg, Philip Bech
Longueur : 897 m. / 915 m. (France)
Sortie au Danemark : 16 avril 1914
Sortie annoncée en France dans le Courrier cinématographique du 2 mai 1914, dans une distribution de Louis Aubert 

 

    Trente ans se sont écoulés depuis que Frédéric Blaise fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Ces 30 années d’esclavage ont amené de grands changements dans le caractère de Frédéric. Rien ne révèle plus en lui l’être brutal qui a commis le crime atroce pour lequel il fut emprisonné. L’aumônier de la prison, qui s’intéresse à lui, intercède auprès du directeur, afin d’obtenir sa grâce. Lorsqu’on lui remet le certificat qui contient sa mise en liberté, il est tellement heureux qu’il ne peut que balbutier des mots sans suite en baisant avec reconnaissance la main du prêtre. Il reprend ses anciens vêtements, reçoit son certificat d’élargissement et son pécule. Le voici sur la grande route, ivre de liberté ; il va droit devant lui au hasard, savourant le bonheur de ne plus traîner le lourd boulet attaché à ses chevilles. Il se dirige vers le cimetière où sa mère est enterrée. Durant son séjour à la prison, il a appris sa mort. Parmi les tombes, il découvre la sienne. Agenouillé sur la dalle funéraire, il sanglote, devenu soudain tout petit, comme l’enfant que la morte berçait jadis sur ses genoux. Il implore le pardon de celle qui mourut du chagrin et de la honte de sa faute, le seul être qui l’aimait assez pour lui pardonner son égarement d’un instant. Il questionne le garde du cimetière et obtient l’adresse de sa sœur Anne. Pour s’y rendre, il doit prendre le tramway. Il s’étonne de ce véhicule de nouveau genre, qui n’existait pas avant son incarcération, et les automobiles qu’il croise en cours de route sont pour lui un objet d’admiration. Comme il regrette maintenant sa faute passée ! Ainsi durant les trente années qu’il a vécues loin du monde, ses semblables ont travaillé. Tous ceux qui ont peiné pour améliorer leurs conditions de vie ont le droit de renier maintenant l’être oisif qu’il fut si longtemps. Il frappe à la porte de la maison d’Anne, dont la fille, un petit enfant dans les bras, vient ouvrir. Il demande à parler à sa mère et entre. Sa sœur le regarde avec méfiance. Il se nomme, mais elle ne le croit pas. Il prouve son identité au moyen de son certificat d’élargissement. La fille va chercher son père, qui salue froidement cet hôte d’un autre monde et lui reproche d’avoir cherché à revoir sa famille. « Vas-t-en, dit le beau-frère, nous sommes des honnêtes gens. » Frédéric se lève en colère, sort de sa poche l’argent qui lui a été remis au bureau de la prison. « Celui-ci, dit-il, je l’ai gagné honnêtement ! » Il le jette à leurs pieds et quitte sa famille ! Accablé de chagrin et d’amertume, il s’en retourne à la prison, supplie le directeur de le reprendre, mais celui-ci, esclave des règlements, ne peut consentir à le faire rester en prison. Désespéré, Frédéric s’éloigne lentement de la ville, fuyant ses semblables. Renié, repoussé de tous, il est las de la vie. Arrivé au bois, il s’étend au pied d’un gros arbre et s’endort, épuisé. Dans son rêve, il voit sa mère lui tendre les bras, elle est là ; il voit son sourire indulgent, bientôt il sera près d’elle, et expirant, il murmure : « Je viens, je viens ! » (programme Nordisk, repris avec quelques modifications dans Le Courrier cinématographique, 2 mai 1914, p. 72)

 

 

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