Le chancelier, réalisateur inconnu

Publié le par Denis Ballu

Titre : Le chancelier
Titre original : Kansleren kaldet "Den sorte Panter"
Production : Kinografen
Réalisation : inconnu
Scénario : Holger Rasmussen & Einar Zangenberg, d’après la pièce Den sorte Panter de Holger Rasmussen, adaptée du roman The Red Chancellor (1901) de William Magnay (1855-1917)
Interprétation : Aage Garde (le chancelier), Holger Rasmussen (le comte Furelloz, son adjudant), Einar Zangenberg (Mr. William), Alfi Zangenberg (la princesse Ilka d’Irania), Svend Rindom (le prince Rosowa), Viggo Wiehe (le comte Runow, colonel), Johanne Fritz-Petersen (la comtesse Dawa, sa fille), Louis Melander (Janus, braconnier)

Longueur : 982 m. 
Sortie au Danemark : 12 juin 1912
Sortie annoncée en France dans Ciné-Journal du 20-07-1912, dans une distribution de l’Agence Générale Cinématographique (A. G. C.)

Note : la semaine précédent l’annonce de la sortie de ce film, a été annoncée celle du Chancelier noir d’August Blom adapté du même roman de l’Anglais William Magnay. La sortie quasi simultanée des deux films (nouvelle affaire de plagiat ?) a agité un temps le monde du cinéma danois. Voir la fiche du film de Blom et, pour quelques précisions, mon article Le cinéma danois en France, I : des origines à 1914 : https://www.calameo.com/books/007847874059b5911b2bd

Holger  Rasmussen

Premier acte : La volonté de fer du chancelier sème la terreur.
    Un Américain, Mr. William, qui réside dans son élégant appartement de célibataire à New York, écrit au colonel comte Runow en Irania pour l'informer qu'il allait enfin tenir sa promesse de leur rendre visite, à lui et à sa ravissante fille, la comtesse Dawa, et il se met aussitôt en route. À son arrivée en Irania, il est reçu très chaleureusement par le comte et sa fille, qui l'invitent à séjourner chez eux, au palais du comte dans la capitale, aussi longtemps qu'il le souhaitera. En Irania, le chancelier autocratique surnommé « La Panthère noire » gouverne à la place de la princesse Ilka, encore mineure, et, pour des raisons politiques, il souhaite la marier à un prince étranger. Nul n'a encore osé défier le chancelier ; et toute la population iraniane est secrètement terrifiée par la volonté de fer de cet homme puissant. Son second est l’impitoyable et brutal comte Furelloz, du château de Rackenhill, qui exécute toutes les missions secrètes du chancelier. Un bal doit être donné à la cour au château, et Furelloz va remettre personnellement l'invitation au comte Runow et à la comtesse Dawa afin d'avoir l'occasion de parler à la jeune femme qu'il aime en secret. Lors de sa visite, il rencontre Mr. William, qu'il est contraint d'inviter au bal, par pure courtoisie. Se retrouvant seul avec la comtesse, il lui avoue son amour, qu'elle, dégoûtée par cet homme brutal, repousse. Dans la magnifique salle du château, une élégante compagnie est réunie. Le ballet de la cour bat son plein lorsque la princesse Ilka y fait son entrée, conduite par un jeune officier, le prince Rosowa. La princesse et le prince sont secrètement fiancés et, n'osant défier ouvertement le chancelier, ils profitent du tumulte du ballet pour mettre à exécution le projet qu'ils nourrissent depuis si longtemps. Suivis par la comtesse Dawa, les amoureux s'engouffrent dans le jardin du château, mais le chancelier, dont l'œil vigilant observe tout, ordonne au comte Furelloz de les espionner. L'Américain, qui aperçoit le couple et Furelloz depuis une fenêtre du château, pressent le danger et se précipite à leur suite. Dans la chapelle du château, un prêtre les attend et les unit par les liens indissolubles du mariage. À travers une fenêtre à croisillons, Furelloz a tout observé. Il informe le chancelier de sa découverte. Celui-ci ordonne l'arrestation immédiate du prince, le silence absolu sur ce mariage secret qui perturbe ses plans, et la disparition immédiate du prince. Par la fenêtre à croisillons, Mr. William a aperçu la cérémonie de mariage. Les jeunes mariés quittent la chapelle et, pour ne pas attirer l'attention, se séparent. Le prince reste un instant sur les marches de marbre. Soudain, il est attaqué par des hommes masqués. Un officier lui plaque la pointe d’une épée contre la poitrine et, lorsqu'il tente de se défendre, Furelloz lui-même lui arrache son arme des mains. Il est arrêté. Désarmé, Mr. William ne peut venir en aide au prince. Peu après, Furelloz va faire son rapport au chancelier, qui ordonne : « La comtesse Dawa, qui est le seul témoin, doit disparaître... Comprenez-vous ? »

Deuxième acte : « Faites-le disparaître lui aussi. »
    Le lendemain, la princesse Ilka, en proie à de sombres pensées, est assise dans son boudoir. Dans son trouble, elle fait appeler sa dame de compagnie et lui confie son angoisse. La comtesse entreprend alors de retrouver le prince. Furelloz, voyant la voiture de la comtesse s'arrêter devant le château, conçoit un complot avec son chauffeur, qu'il soudoie. Lorsque la comtesse repart à la recherche du prince, elle est prise en chasse par Furelloz, qui l'enlève peu après. Il précipite ensuite la voiture du haut d'une falaise surplombant une rivière, puis dépose le châle de la comtesse sur la rive, afin de faire croire à un accident. Furelloz emmène la comtesse dans son château de Rackenhill, où il la fait incarcérer dans ses geôles souterraines. Lorsque Mr. William entend le récit de l'accident, l'affaire lui paraît très mystérieuse. Il sollicite une audience auprès du chancelier pour obtenir davantage d'informations, mais ce dernier reste muet face à toutes ses questions. Apercevant alors, durant l'audience, un poignard étincelant dans la main du comte Furelloz, l'Américain interrompt brusquement la conversation. Convaincu que le Chancelier est derrière tout cela, il se retire, ne voulant pas être assassiné, car il a « une mission importante à remplir ». Après son départ, le chancelier hurle à Furelloz : « Cet homme en sait trop, faites-le disparaître lui aussi ! » L'Américain prend congé du comte Runow, qu'il cherche à consoler de son chagrin. Il se rend dans une auberge près de Rackenhill, où, lors d'une excursion, il fait la connaissance d'un braconnier qui, suite à une vieille querelle avec Furelloz, le hait profondément. Mr. William sollicite l'aide de cet homme. Il apprend alors que le comte Furelloz a amené une dame en automobile à Rackenhill la veille. Il comprend qu'il s'agit de la comtesse Dawa. Accompagné du braconnier, il explore les environs de Rackenhill. Ils découvrent un passage souterrain qui leur permet de gagner les geôles souterraines. Derrière un mur, ils entendent une conversation. Ils ne comprennent pas les paroles, mais ils distinguent une voix d'homme et une voix de femme. C'est Furelloz qui déclare son amour à la captive comtesse Dawa, mais elle repousse une fois de plus les avances de ce prétendant importun. La nuit suivante, ils tenteront de franchir le mur, mais le destin en décidera autrement. Ce jour-là, Mr. William croise le comte Furelloz à cheval. Furelloz invite l'Américain à séjourner au château. Il aura ainsi l'occasion de se débarrasser de lui. L'Américain, persuadé d'avoir ainsi de meilleures chances de libérer la comtesse, accepte l'invitation. Il parvient à contacter le braconnier, à qui il demande d'être au passage souterrain à une heure du matin. S'il entend des coups de feu, lui et ses compagnons doivent accourir immédiatement à son secours.

Troisième acte : L’arrêt de mort de la Panthère noire.
    Le soir est tombé. Le comte Furelloz accompagne son hôte dans une chambre d’ami somptueusement meublée et lui souhaite une bonne nuit. Mr. William est seul. Il observe la chambre du regard et, avec méfiance, l'examine minutieusement. Il attendra calmement une heure, le temps que le calme revienne, avant de se lancer dans sa périlleuse expédition. Le comte Furelloz descend dans les geôles souterraines. Il renouvelle ses déclarations d'amour à la comtesse Dawa et lui promet la liberté dès qu'elle acceptera sa proposition, mais elle la repousse une fois de plus. Alors, il s'écrie : « Mr. William est à ma merci, ici, au château. Si vous ne me cédez pas, il mourra ! » La comtesse Dawa est pétrifiée. Qu'il soit là, au château, qu'il ait pu être piégé par ce scélérat… Elle se jette à genoux devant Furelloz et le supplie d'épargner Mr. William, mais il la repousse avec mépris. « Sois mienne, et ton vœu sera exaucé ! » Sa peur disparaît alors, et elle repousse Furelloz. Furieux, il quitte la prison. Il ordonne à son serviteur le plus fidèle de tuer l'Américain. Il n'a plus qu'une idée en tête : se venger de la comtesse. Les nerfs à vif, Mr. William perçoit un léger bruissement. C'est par une porte dérobée que le domestique l'observe. Il scrute à nouveau la pièce, en vain. Au même instant, il entend de nouveau le bruissement. Il éteint la lumière et se positionne avec un revolver armé derrière le volet de la fenêtre. Une porte dérobée s'ouvre silencieusement dans le mur, et le domestique s'approche furtivement du lit. Au même moment, l'Américain se dresse au-dessus de lui et lui arrache son arme. Avec son revolver, il contraint le domestique à lui indiquer le chemin des geôles souterraines. Un des gardes du comte repère l'Américain et s'apprête à l'abattre, mais celui-ci le devance. Lorsque les braconniers entendent les coups de feu, ils surgissent par une trappe dans le sol. La comtesse est rapidement libérée de sa prison et ils s'échappent. Le braconnier revient. Il allume une mèche, un baril de poudre explose et les terribles geôles souterraines de Rackenhill sont réduites en cendres. Peu après, Mr. William, rayonnant de joie, ramène sa fille au comte Runow. C'est l'anniversaire de la princesse, le jour de sa majorité, et elle fait ses adieux en personne au chancelier qu'elle déteste. L'homme, jadis puissant, est seul. Ses projets de mariage ont échoué, et à présent, il a été destitué. Il a la tête qui tourne. Il est malade. Furelloz entre alors. Il annonce la funeste évasion. Tout semble se liguer contre le chancelier, mais il n'est pas encore vaincu. Il peut encore se venger, car personne dans le pays ne sait qu'il a été destitué. Aux yeux de tous, il demeure le chancelier en exercice. Il rédige l'ordre d'exécution du prince Rosowa, et un officier s'apprête à le remettre lorsque la princesse, informée de la maladie du chancelier, entre. Elle aperçoit le document et le déchire. « Libérez le prince Rosowa ! » ordonne-t-elle. « Désormais, je gouvernerai moi-même mon royaume. » Dans sa rage impuissante, le chancelier s'effondre. « La Panthère noire » n'est plus. L'ordre de la princesse est immédiatement exécuté, le prince Rosowa est libéré et les amoureux sont de nouveau réunis. En Irania, une réception solennelle est donnée en l'honneur du couronnement de la princesse Ilka et de son époux. Les dames et messieurs de la cour se sont rendus auprès du couple royal. Mr. William s'avance alors, souhaitant lui aussi leur présenter ses respects. À cet instant, il aperçoit Furelloz, debout près du trône. Il le désigne du doigt : « Voilà un complice de toutes les fourberies du chancelier ! » Furieux, le comte s'empare de son revolver et tire sur l'Américain. Le comte Furelloz est arrêté et emmené. L’Américain, légèrement blessé, reprend rapidement ses esprits et la réception peut reprendre son cours. Patient de la comtesse Dawa, Mr. William, se rétablit bien, et l'Américain a évoqué à plusieurs reprises d’une voix émue son désir de rentrer au pays, et, avec mélancolie, elle songe aux adieux. Un jour, dans le parc, les deux jeunes gens se parlent. Dans une complicité profonde, ils s'embrassent longuement et passionnément, et le vieux comte Runow, souriant, contemple le bonheur de leur amour. (adaptation programme danois Denis Ballu)

 

 

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