Bonheur brisé, d'August Blom

Publié le par Denis Ballu

Titre : Bonheur brisé 
Titre original : Bristet Lykke
Production : Nordisk Films Kompagni 
Réalisation : August Blom
Scénario : Sven Lange
Photo : Johan Ankerstjerne
Interprétation : Betty Nansen (Frida von Borch / Fanny de Bailly), Olaf Fønss (Gerhard von Borch / Gérard de Bailly, juge d’instruction), Poul Reumert (Emil / Émile Leblanc), Vera Esbøll, Holger Syndergaard, Ebba Lorentzen, Emilie Otterdahl, Charles Willumsen, Alma Hinding, Christian Lange, Agnes Andersen, Aage Henvig, Oluf Billesborg, Ingeborg Jensen, Ingeborg Bruhn Bertelsen, Franz Skondrup, Maja Bjerre-Lind, Aage Lorentzen
Longueur : 1240 m. / 1260 m. (France)
Sortie au Danemark : 20 octobre 1913
Sortie annoncée en France dans le Courrier cinématographique du 4 octobre 1913, dans une distribution de Louis Aubert 

 

    Mme Fanny de Bailly, femme du juge d’instruction Gérard de Bailly, est assise devant sa glace. Elle examine avec attention son visage pour voir si elle peut découvrir des traces de vieillesse ou de fatigue. Elle se demande pourquoi son mari ne l’aime plus. Est-ce que je suis devenue vieille, ou laide ? Elle est interrompue par la bonne qui vient lui annoncer que le dîner est servi. Elle va donc encore se mettre à table avec l’homme qu’elle adore et qui ne l’aime plus. Ils vont se retrouver là, l’un en face de l’autre, comme deux êtres étrangers qui ne se doivent qu’une simple politesse. Ses amers reproches vont de nouveau se heurter à ses prétextes accoutumés de travail. Ô ce travail qui lui vole son mari et la rend malheureuse. Que ne donnerait-elle pour pouvoir reposer sa tête contre son cœur, et lui dire tout son amour. Le dîner se passe comme à l’ordinaire. Le juge d’instruction a apporté à table les documents de l’affaire qui l’occupe pour le moment. Alors, Fanny, n’étant plus capable de se maîtriser, accable de reproches cet homme pour qui il semble qu’elle n’existe plus. « Tu ne vois donc pas à quoi tu t’exposes, s’écrie-t-elle. Crois-tu vraiment qu’une femme de ma trempe puisse être délaissée ainsi à la longue sans se rattraper ailleurs ? » Les deux époux, dont la conception du mariage est différente, en viennent à se quereller. Fanny en a le cœur navré. L’après-midi même, Fanny se rend dans un restaurant des plus à la mode pour y prendre son five o’clock tea. Elle y rencontre le baron Oscar de Corril qui s’éprend de ses charmes et commence à lui faire la cour. Se rappelant qu’elle n’est pas libre, elle se hâte de rentrer. Fière d’avoir résisté à la tentation, elle se rend auprès de son mari qu’elle retrouve en train de fouiller le dossier concernant la bande politique dont Émile Leblanc est le chef. Fanny lui dit ironiquement : « Tu recherches les voleurs et les brigands, mais on enlèverait ta femme, tu ne t’en soucierais pas autrement. Pourquoi ne m’aimes-tu plus ? » Il ne répond que par un geste. En lui, l’amour est mort. Honteuse de sa défaite, elle rentre dans son appartement. Involontairement, ses pensées volent à l’homme qui lui a déclaré son amour. Et elle peut encore faire des conquêtes, c’est qu’elle n’est encore ni vieille ni laide. Elle écrit un mot au baron de Corril pour lui dire qu’elle lui accorde un rendez-vous pour le lendemain. Le baron ne connaît pas encore son nom, mais elle signe la lettre : F. de B. Fanny a plusieurs rendez-vous avec le baron, dont les caresses et les paroles amoureuses sont comme un baume sur son cœur blessé. À chaque rendez-vous, le tort qu’elle fait à son mari lui semble diminuer, et l’amour de Fanny et de Corril se développe de plus en plus. Corril, qui ignore toujours le nom de sa maîtresse, lui dit un jour : « Ce soir, il m’est impossible de venir ! » « Et pourquoi ? » « Je ne puis vous en dire la raison, mais c’est impossible ! » Fanny se lève alors et s’en va sans mot dire. Croyant son amour dédaigné par cet homme aussi, son cœur s’emplit d’une profonde tristesse, et c’est le cœur bien gros qu’elle va se coucher ce soir-là. Le jour même, la bande Leblanc s’est réunie dans son refuge secret. Un espion a découvert que le juge d’instruction, M. de Bailly, a des preuves contre la bande, et on reproche au chef, Émile Leblanc, aimé et craint à la fois, d’être trop imprudent. Il les couvre de son mépris et reconquiert immédiatement leur confiance en leur disant : « Je vais constater moi-même en quoi consistent les preuves que le juge croit posséder contre nous. Dès ce soir, je vais lui faire une visite ! » Très tard dans la soirée, il s’introduit dans la villa de M. de Bailly. La première porte qu’il ouvre est celle de la chambre de Fanny, qui est plongée dans ses pensées. Pendant quelques instants, ils restent figés de surprise. Le fameux Leblanc, qui n’est autre que le baron, comprend que celle qu’il aime est la femme du juge d’instruction. Il n’a pas le temps de se remettre de sa surprise, que Fanny, lui tendant les bras, s’écrie avec bonheur : « Ah, te voilà tout de même ! » Au même moment, on entend venir le juge d’instruction, et Leblanc quitte précipitamment la chambre. Le lendemain, grâce aux traces de doigts laissées sur la porte, le juge découvre la visite nocturne. « Figures-toi, dit il à Fanny, cette nuit le redoutable Émile Leblanc nous a rendu visite ! » « C’est impossible ! », lui répond-elle. « Mais j’en suis sûr, poursuit Bailly, j’ai découvert l’empreinte de ses doigts sur la porte, et voici sa photographie que j’ai extraite de l’album des criminels ! » Fanny regarde avec indifférence la photographie, avant de retenir avec difficulté un cri. C’est bien son aimé Oscar de Corril. C’est donc lui le criminel recherché. Cependant, il lui importe peu qui il est. Il faut qu’elle le prévienne. Pendant qu’elle se rend auprès de Leblanc, M. de Bailly commence à soupçonner une sorte de connexion entre le criminel recherché, qui a laissé l’empreinte de ses doigts sur une des portes de sa villa, et le baron de Corril, dont il a trouvé la carte de visite dans un des tiroirs de Fanny. Il se rend de suite à l’adresse indiquée sur la carte du baron et trouve le criminel en compagnie de Fanny. C’est en vain qu’elle essaie de persuader son ami d’échapper à la justice, il répond avec fermeté : « Non, je veux expier ma peine ! Ton amour m’en a donné la force ! » Et, le juge d’instruction lui demandant s’il est Émile Leblanc, il répond : « Oui ! » L’amour de la femme que M. de Bailly avait dédaignée fut assez fort pour faire d’un criminel un homme honnête. Mais pour Fanny ce même amour fut une navrante déception. (Le Courrier cinématographique, 4 octobre 1913, p. 54 ; complété avec le résumé français de la Nordisk)

 

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